Sondages politiques: taux de participation déclarés et taux de participation réels

Ce billet fait partie d’une série traitant des facteurs de motivation aux élections municipales, extrait d’un essai réalisé dans le cadre du programme de MBA – concentration marketing de l’Université du Québec en Outaouais. Les données locales sont issues d’un sondage effectué de personne à personne dans des lieux publics et centres commerciaux, dans tous les secteurs de la ville de Gatineau, entre le 1er mai et le 2 juin 2018. Au total, 808 questionnaires ont été retenus pour analyse, pour une marge d’erreur de 3,5 %, 19 fois sur 20. (NB)

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Avez-vous remarqué que les taux de participation aux élections rapportés dans les sondages sont généralement plus élevés que les taux réels de participation? D’ailleurs, si vous êtes face à un groupe et demandez à main levée qui a participé aux dernières élections, il y a de forte chance que toute la salle lève la main… et pourtant. Selon les données de l’Enquête sociale générale de 2008 publiée par Statistique Canada, 79 % des électeurs québécois ont dit avoir participé aux élections fédérales, 80 % aux élections provinciales et 59 % aux élections municipales les plus récentes. Or, lorsqu’on compare ces données aux taux réels de participation (Tableau 9) pour l’année de l’enquête, on note une différence significative entre les résultats de cette enquête et la réalité.

Ce phénomène pourrait s’expliquer de plusieurs façons :

  • Ce sont généralement les gens intéressés par le sujet qui acceptent de répondre aux sondages (Brehm, 1993). Bien que pour cet essai, le choix a été fait d’administrer le sondage de personne à personne, le taux de réponse au questionnaire n’est que de 45 %. C’est à dire que plus d’une personne sur deux a pris la poudre d’escampette lorsqu’on l’a approchée pour répondre à quelques questions sur la participation municipale. On débute donc notre analyse en sachant que les gens qui ont répondu étaient d’emblée plus intéressées par le sujet que l’ensemble de la population, et que les résultats de l’enquête pourraient ne pas refléter la réalité, malgré la taille de notre échantillon qui démontrait une marge d’erreur de 3,5 %.
  • La représentation sociodémographique de l’échantillon de répondants pourrait diverger de la représentation de la population réelle, ce qui a une incidence sur les résultats; ce ne sont pas toutes les études qui prennent la peine de pondérer les résultats en fonction du profil socio-démographique des répondants. Ce facteur a été tenu en compte dans l’interprétation des résultats de cet essai.
  • Le lieu et la façon dont les données sont collectées peuvent occasionner un biais; d’ailleurs, vous êtes-vous déjà demandé qui étaient les gens qui acceptaient de répondre à des sondages en ligne et au téléphone? Représentent-ils vraiment l’ensemble de la population?
  • Finalement, comme les gens sont préoccupés par l’image qu’ils projettent et le jugement des autres, ils pourraient avoir tendance à ne pas dire la vérité lorsque sondés sur un sujet aussi personnel que la participation électorale, perçue comme un devoir citoyen.

Ce phénomène est corroboré par les résultats de cette enquête: 65 % des répondants ont dit avoir voté le 5 novembre 2017 à Gatineau, alors que le taux réel de participation est de 39 %, une différence importante de 26 points de pourcentage! Pour solidifier les résultats, une question de vérification a été intégrée au sondage; après avoir répondu à la question sur leur participation aux élections municipales, les gens devaient nommer de façon spontanée, (sans choix de réponse ou assistance des préposées) le maire de Gatineau. Or, près de 25 % des gens qui avaient dit avoir voté n’ont pu répondre à cette question. En émettant l’hypothèse qu’il était probable que ces répondant n’aient pas dit la vérité sur leur participation aux élections, leurs questionnaires ont été retirés de l’échantillon aux fins de cette analyse.  Après cette correction, le taux de participation déclaré moyen est de 59 %, ce qui est encore 20 points de pourcentage supérieur au taux réel, mais qui correspond tout à fait au taux de participation déclaré pour les élections municipales lors de l’Enquête sociale générale menée par Statistique Canada en 2008.

Est-ce que ce facteur pourrait avoir altéré les résultas de cette enquête? Pas forcément, puisqu’on s’attardait ici à ce qui différenciait les gens qui ont voté de ceux qui n’ont pas voté, en émettant l’hypothèse que les gens ayant « avoué » ne pas avoir voté avaient dit la vérité, deux sous-groupes distincts représentent ainsi notre variable dépendante (= 1 si voté, =0 si non voté.).

Demain: Est-ce vrai que les « jeunes » votent moins que les « vieux »?

Nathalie Brunette, MBA
Présidente, diAlgo

Notes méthodologiques: 

Basé sur le bassin de 196 255 électeurs inscrits sur la liste électorale pour l’élection municipale du 5 novembre 2017 à Gatineau, l’échantillon requis pour une marge d’erreur de 3,5 % avec un niveau de confiance de 95 % fut établi à 780 personnes. Au final, 2223 personnes ont été approchées et 1075 ont accepté de répondre au sondage, pour un taux de participation de 45,5 %.  De ce nombre, 267 questionnaires ont été rejetés, dont 159 suite à une question de vérification, et 108 parce qu’ils étaient incomplets. Ce sont donc 808 questionnaires qui ont été retenus pour analyse, pour une marge d’erreur de 3,45 %, 19 fois sur 20.

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